« Bretagne Paris Bretagne »

Dès son plus jeune âge Christine Vannier passe le plus clair de son temps à dessiner. Adolescente, elle s’ouvre à la peinture, et découvre le pouvoir et la magie de la peinture abstraite, voie royale de l’imagination. Bien qu’elle s’orientât vers l’architecture – elle obtient son Diplôme d’Etat d’architecte (DPLG) en 1983- elle ne cesse jamais de peindre. Ainsi expose-t-elle pour la première fois en 1981, à la Galerie Casanova au Palais Royal, à Paris. A la fin des années 80, elle quitte Paris, et l’architecture, pour la Bretagne, région dont les paysages sauvages et mystérieux la séduisent. Elle y vit toujours, partageant son temps entre les voyages, son atelier près de Quimper, et Paris.

Sa dernière exposition, à la Connoisseur’s Gallery, à Paris, s’intitule ainsi « Bretagne Paris Bretagne », et revient sur vingt années de création artistique, passion intense qui ne l’a jamais quittée. L’œuvre d’art, dit-on souvent, est pour l’artiste une « extension de soi », une projection de sa vision du monde, une expression, au sens propre, de soi. Pour Christine Vannier, la création artistique semble avant tout un mode de vie, une respiration aussi naturelle que nécessaire.

Cette respiration lui vient d’abord, durant de nombreuses années, dans l’abstraction. A la recherche d’une émotion esthétique brute, davantage que de discours, l’artiste à longtemps consacré son œuvre picturale à cette forme de représentation, vecteur par excellence d’une sensibilité sans mots, fenêtre ouverte sur l’imaginaire, offrant délibérément une liberté d’interprétation telle que chacun peut y puiser la matière de ses propres images, de ses propres rêves.

Elle a ainsi développé, avec grand succès, une œuvre au chromatisme lumineux et serein dans laquelle les rouges très carminés, les bleus profonds, les jaunes vifs, bien qu’extrêmement puissants, n’excèdent pas dans l’exubérance. D’une grande simplicité, sans pourtant tomber dans le minimalisme, sa peinture semble au contraire très « posée », ouvrant un espace de méditation et de quiétude.
Christine Vannier n’aura pas été architecte pour rien. De ce passé de « bâtisseuse », lui reste un solide sens de l’équilibre, de la structure, de la matière. Jeux de transparences, d’opacité et de brillances, travail au couteau, couches supérieures laissant voir par grattage les couches du dessous, et parfois même inclusion de matériaux, de textiles : ses toiles, comme ses polyptiques, sont composées, texturées, mises en volumes et en profondeur, en un mot, architecturées. A partir de 2011, son œuvre prend une ampleur nouvelle, au sens propre, avec des créations de très grand format, qui changent profondément son rapport à la toile comme matière, et à la texture de l’œuvre. Elle expérimente alors la possibilité d’un rapport plus physique, et plus émotionnel encore, dans la confrontation avec la matière, la toile, les pinceaux, les couleurs, et la nécessité de ce « corps à corps ».

Dans le même temps, et cela pourrait paraître paradoxal, cette forme de libération du geste ne l’a pas amenée, comme on pourrait le penser, comme c’est souvent le cas dans la peinture abstraite, à un geste plus libre et instinctif, mais au contraire, à une attention accrue au détail de la composition, plus épurée encore, à l’aspect texturel de la toile. Si les peintures de Christine Vannier ont toujours nourri un rapport étroit au volume et à la profondeur – leur géographie intime-, cet aspect se fait ici à la fois plus présent et plus subtil, au coeur des couches de pigments en glacis.

Parallèlement, au cours de ces années, un processus de « libération » s’opère chez l’artiste, consistant en une approche expérimentale de diverses formes d’expressions et médiums. Imaginer, innover, se réinventer, tel est, au-delà de sa pratique récurrente de l’abstraction, le fil conducteur de la passion artistique de Christine Vannier.

Depuis de nombreuses années, elle pratique la photographie. On y retrouve à la fois cette sorte d’ « humanisme », plus évidemment visible que dans sa peinture abstraite, et son sens de l’architecture, dans des parallèles de composition étonnants. L’œil de Christine Vannier est un œil bienveillant et curieux, un œil sensible aussi, à une ambiance, un lieu, un moment, du Népal, qu’elle a longuement parcouru, à New-York, en passant par ses somptueux clichés maritimes.

Elle développe aussi et surtout toute une oeuvre figurative, d’abord timidement, avec des peintures et huiles sur papier puis de manière de plus en plus affirmée. Elle commence par des portraits féminins, souvent, qui sont, explique-t-elle, le résultat mêlé de hasard et de « restes »  de peinture, auxquels l’ajout d’une bouche, d’un oeil, métamorphose un nuage coloré en un visage, une forme féminine souvent sensuelle, renforcée par l’utilisation récurrente de palettes d’orange et de rouges, évoquant un univers pictural entre une sorte de primitivisme et un fauvisme libre à la Van Dongen. Elle produit également des gravures dans lesquelles, au travers un travail de monotype à taille douce, elle renforce la saisie des lignes, dans des œuvres où compositions abstraites et figuratif alternent, jouant de la maîtrise comme de la part d’aléatoire de ce type de mode opératoire qu’est le travail de la presse.

Sortant de la bidimensionnalité de la toile ou du papier, elle s’essaye au volume, au travers de sculptures patinées aux allures de bronze. Ce travail, en lien direct avec ce versant figuratif de son travail, révèle une stupéfiante aptitude de l’artiste au modelage des formes, et ouvre, peut-être, à la perspective d’œuvres en installation, et à un nouveau regard. Dans un ensemble sculptural baptisé « Les dames de la rue ».  elle livre à notre regard une fantaisiste collection de figures et d’attitudes féminines, petite foule de femmes,  fortes et  vindicatives, comme une manière de manifester le pouvoir féminin. De même que pour sa peinture, sa sculpture a pris récemment un tournant plus tourmenté, au travers de sculptures évoquant quelques animaux fantastiques.

Ces dernières années, et en particulier depuis 2014, le travail de figuration s’est renforcé, de manière surpenante, avec une longue série de portraits, un personnage récurrent, plus inquiétant que serein, toujours en noir et blanc. Cette partie de son œuvre pourrait au premier regard sembler en rupture avec le reste de son travail, mais elle manifeste plutôt, dans une sorte de logique dialectique, la réalité des phases émotionnelles qui jalonnent la vie d’une artiste à la fois sensible et prolixe. Il y a eu, dit l’artiste « une perte de la couleur », elle qui en était la spécialiste. La couleur, pense-t-elle alors, exprimait la joie, l’allégresse tandis que ce chromatisme de gris et de noir affirme une sorte de colère, un « pessimisme », inédit chez elle. Alors, tandis que la couleur et l’abstraction représentent un sorte de refuge, un espoir aussi, le noir et blanc et la figure incarnent la réalité et ses difficultés. L’artiste balance, oscille entre les deux, comme dans la vie…Passant sans passeport de l’abstraction à la figuration, de la couleur ou noir et blanc, du petit au grand format, dans le hangar qu’elle a récemment investi près de Quimper, et qu’elle a transformé en atelier, tout devient possible.

Et puis, avec le temps, avec la vie, s’est peu à peu fait jour le souci de ne pas rechercher que la « beauté », mais aussi de questionner le sens de la laideur. Son travail s’ouvre sur des problématiques de la vie contemporaine. De la couleur intense à l’absence de couleur, de l’abstraction au portrait, comme un positif/négatif du monde tel qu’elle le perçoit, le parcours de Christine Vannier se dessine comme un parcours expérimental s’ouvrant, d’année en année, vers la libération de toute frontière d’expression, et de toutes normes.

Preuve en est encore, la présentation de ces petits courts-métrages réalisés artisanalement avec la technique du « stop motion » (technique d’animation en volume donnant, par la succession des images par secondes, l’illusion du mouvement) et proposant des saynètes pleines de verve et d’humour, pointant les méfaits de la vie contemporaine, de la pollution à l’e-commerce, et confirmant dans le même temps la direction désormais plus « engagée » du travail de Christine Vannier.

Marie Deparis-Yafil

Bal masqué

Des joies entremêlées de surprises

toile sur châssis 2m x 2m décembre 2017

« Bretagne Paris Bretagne »

Dès son plus jeune âge Christine Vannier passe le plus clair de son temps à dessiner. Adolescente, elle s’ouvre à la peinture, et découvre le pouvoir et la magie de la peinture abstraite, voie royale de l’imagination. Bien qu’elle s’orientât vers l’architecture – elle obtient son Diplôme d’Etat d’architecte (DPLG) en 1983- elle ne cesse jamais de peindre. Ainsi expose-t-elle pour la première fois en 1981, à la Galerie Casanova au Palais Royal, à Paris. A la fin des années 80, elle quitte Paris, et l’architecture, pour la Bretagne, région dont les paysages sauvages et mystérieux la séduisent. Elle y vit toujours, partageant son temps entre les voyages, son atelier près de Quimper, et Paris.

Sa dernière exposition, à la Connoisseur’s Gallery, à Paris, s’intitule ainsi « Bretagne Paris Bretagne », et revient sur vingt années de création artistique, passion intense qui ne l’a jamais quittée. L’œuvre d’art, dit-on souvent, est pour l’artiste une « extension de soi », une projection de sa vision du monde, une expression, au sens propre, de soi. Pour Christine Vannier, la création artistique semble avant tout un mode de vie, une respiration aussi naturelle que nécessaire.

Cette respiration lui vient d’abord, durant de nombreuses années, dans l’abstraction. A la recherche d’une émotion esthétique brute, davantage que de discours, l’artiste à longtemps consacré son œuvre picturale à cette forme de représentation, vecteur par excellence d’une sensibilité sans mots, fenêtre ouverte sur l’imaginaire, offrant délibérément une liberté d’interprétation telle que chacun peut y puiser la matière de ses propres images, de ses propres rêves.

Elle a ainsi développé, avec grand succès, une œuvre au chromatisme lumineux et serein dans laquelle les rouges très carminés, les bleus profonds, les jaunes vifs, bien qu’extrêmement puissants, n’excèdent pas dans l’exubérance. D’une grande simplicité, sans pourtant tomber dans le minimalisme, sa peinture semble au contraire très « posée », ouvrant un espace de méditation et de quiétude.
Christine Vannier n’aura pas été architecte pour rien. De ce passé de « bâtisseuse », lui reste un solide sens de l’équilibre, de la structure, de la matière. Jeux de transparences, d’opacité et de brillances, travail au couteau, couches supérieures laissant voir par grattage les couches du dessous, et parfois même inclusion de matériaux, de textiles : ses toiles, comme ses polyptiques, sont composées, texturées, mises en volumes et en profondeur, en un mot, architecturées. A partir de 2011, son œuvre prend une ampleur nouvelle, au sens propre, avec des créations de très grand format, qui changent profondément son rapport à la toile comme matière, et à la texture de l’œuvre. Elle expérimente alors la possibilité d’un rapport plus physique, et plus émotionnel encore, dans la confrontation avec la matière, la toile, les pinceaux, les couleurs, et la nécessité de ce « corps à corps ».

Dans le même temps, et cela pourrait paraître paradoxal, cette forme de libération du geste ne l’a pas amenée, comme on pourrait le penser, comme c’est souvent le cas dans la peinture abstraite, à un geste plus libre et instinctif, mais au contraire, à une attention accrue au détail de la composition, plus épurée encore, à l’aspect texturel de la toile. Si les peintures de Christine Vannier ont toujours nourri un rapport étroit au volume et à la profondeur – leur géographie intime-, cet aspect se fait ici à la fois plus présent et plus subtil, au coeur des couches de pigments en glacis.

Parallèlement, au cours de ces années, un processus de « libération » s’opère chez l’artiste, consistant en une approche expérimentale de diverses formes d’expressions et médiums. Imaginer, innover, se réinventer, tel est, au-delà de sa pratique récurrente de l’abstraction, le fil conducteur de la passion artistique de Christine Vannier.

Depuis de nombreuses années, elle pratique la photographie. On y retrouve à la fois cette sorte d’ « humanisme », plus évidemment visible que dans sa peinture abstraite, et son sens de l’architecture, dans des parallèles de composition étonnants. L’œil de Christine Vannier est un œil bienveillant et curieux, un œil sensible aussi, à une ambiance, un lieu, un moment, du Népal, qu’elle a longuement parcouru, à New-York, en passant par ses somptueux clichés maritimes.

Elle développe aussi et surtout toute une oeuvre figurative, d’abord timidement, avec des peintures et huiles sur papier puis de manière de plus en plus affirmée. Elle commence par des portraits féminins, souvent, qui sont, explique-t-elle, le résultat mêlé de hasard et de « restes »  de peinture, auxquels l’ajout d’une bouche, d’un oeil, métamorphose un nuage coloré en un visage, une forme féminine souvent sensuelle, renforcée par l’utilisation récurrente de palettes d’orange et de rouges, évoquant un univers pictural entre une sorte de primitivisme et un fauvisme libre à la Van Dongen. Elle produit également des gravures dans lesquelles, au travers un travail de monotype à taille douce, elle renforce la saisie des lignes, dans des œuvres où compositions abstraites et figuratif alternent, jouant de la maîtrise comme de la part d’aléatoire de ce type de mode opératoire qu’est le travail de la presse.

Sortant de la bidimensionnalité de la toile ou du papier, elle s’essaye au volume, au travers de sculptures patinées aux allures de bronze. Ce travail, en lien direct avec ce versant figuratif de son travail, révèle une stupéfiante aptitude de l’artiste au modelage des formes, et ouvre, peut-être, à la perspective d’œuvres en installation, et à un nouveau regard. Dans un ensemble sculptural baptisé « Les dames de la rue ».  elle livre à notre regard une fantaisiste collection de figures et d’attitudes féminines, petite foule de femmes,  fortes et  vindicatives, comme une manière de manifester le pouvoir féminin. De même que pour sa peinture, sa sculpture a pris récemment un tournant plus tourmenté, au travers de sculptures évoquant quelques animaux fantastiques.

Ces dernières années, et en particulier depuis 2014, le travail de figuration s’est renforcé, de manière surpenante, avec une longue série de portraits, un personnage récurrent, plus inquiétant que serein, toujours en noir et blanc. Cette partie de son œuvre pourrait au premier regard sembler en rupture avec le reste de son travail, mais elle manifeste plutôt, dans une sorte de logique dialectique, la réalité des phases émotionnelles qui jalonnent la vie d’une artiste à la fois sensible et prolixe. Il y a eu, dit l’artiste « une perte de la couleur », elle qui en était la spécialiste. La couleur, pense-t-elle alors, exprimait la joie, l’allégresse tandis que ce chromatisme de gris et de noir affirme une sorte de colère, un « pessimisme », inédit chez elle. Alors, tandis que la couleur et l’abstraction représentent un sorte de refuge, un espoir aussi, le noir et blanc et la figure incarnent la réalité et ses difficultés. L’artiste balance, oscille entre les deux, comme dans la vie…Passant sans passeport de l’abstraction à la figuration, de la couleur ou noir et blanc, du petit au grand format, dans le hangar qu’elle a récemment investi près de Quimper, et qu’elle a transformé en atelier, tout devient possible.

Et puis, avec le temps, avec la vie, s’est peu à peu fait jour le souci de ne pas rechercher que la « beauté », mais aussi de questionner le sens de la laideur. Son travail s’ouvre sur des problématiques de la vie contemporaine. De la couleur intense à l’absence de couleur, de l’abstraction au portrait, comme un positif/négatif du monde tel qu’elle le perçoit, le parcours de Christine Vannier se dessine comme un parcours expérimental s’ouvrant, d’année en année, vers la libération de toute frontière d’expression, et de toutes normes.

Preuve en est encore, la présentation de ces petits courts-métrages réalisés artisanalement avec la technique du « stop motion » (technique d’animation en volume donnant, par la succession des images par secondes, l’illusion du mouvement) et proposant des saynètes pleines de verve et d’humour, pointant les méfaits de la vie contemporaine, de la pollution à l’e-commerce, et confirmant dans le même temps la direction désormais plus « engagée » du travail de Christine Vannier.

Marie Deparis-Yafil

mon nounours se prenait pour un apprenti homme avec christine

lors du vernissage connoisseur’s gallery Paris

merveilleuse promenade

toile libre , encre, pigments , liant-acrylique, 40 x 30 cm 2017

Menhir rouge

toile sur châssis liant acrylique pigments 2011